Les informations données ci-après (objectifs et résultats) sont extraites du rapport BRGM-R 38633 Inventaire Minier du département de la Guyane - déc. 1995.

OBJECTIFS ET EVOLUTION DES THEMES DE L'INVENTAIRE MINIER EN GUYANE

La décision politique de 1975, à l'origine de l'Inventaire des ressources minérales du sous-sol, reposait sur le principe d'une maîtrise accrue des sources d'approvisionnement en matières premières minérales. Le premier choc pétrolier de 1973 et la constitution de l'OPEP, favorisant l'augmentation des cours mondiaux, entraînèrent une forte dépendance de la France vis-à-vis de ses approvisionnements à l'étranger. Pour contribuer au rétablissement de la balance du commerce extérieur de la France, il fut donc décidé d'orienter les efforts de l'Inventaire minier vers deux objectifs principaux :

  • la réalisation d'une évaluation qualitative, et si possible quantitative, de nouvelles ressources minérales du sous-sol national. La priorité étant donnée à la prospection extensive, les travaux n'étaient pas supposés dépasser le stade de la reconnaissance de surface et de subsurface (vérification des enracinements d'anomalies), le relais pour la démonstration de gisements (reconnaissance profonde par sondages) étant laissé à la charge des investisseurs miniers ;
  • la découverte de nouvelles provinces minérales, voire d'objectifs miniers encore insoupçonnés, et la promotion de leur mise en valeur auprès des sociétés minières françaises ou étrangères.

    Dans le cas particulier de la Guyane, les objectifs de prospection découlaient directement de l'état d'avancement des connaissances géologiques et métallogéniques de l'époque, plus développées dans la moitié nord pour des raisons d'accessibilité. Une étude gîtologique prévisionnelle a permis d'inscrire au programme des recherches quatre thèmes principaux :

  • les gîtes polymétalliques (Cu, Pb, Zn, Ag) en relation avec les formations volcano-sédimentaires (par analogie avec les gisements découverts dans le Bouclier canadien) ;
  • les gîtes à Cu, Cu-Ni ou Cu-Mo associés à des intrusifs de différents chimismes (des indices de cuivre étaient notamment connus à Saùl et à Montagne Continent) ;
  • l'or primaire, déjà connu en Guyane, mais qui n'avait jamais, jusqu'alors, représenté un objectif prioritaire en vue de développements industriels ;
  • le diamant, mis en évidence dans la Montagne de Kaw en 1954 par le BMG.

    Néanmoins, l'évolution de la conjoncture économique mondiale au cours du déroulement de l'activité de l'Inventaire minier, entraîna des modifications notables du programme initial. La chute des cours des métaux de base, en particulier des métaux non-ferreux à partir de 1976, ainsi que le fort redressement du cours de l'or, incitèrent le Comité de l'Inventaire, à partir des années 1980, à se recentrer préférentiellement sur la recherche de minéralisations aurifères de type primaire, seules susceptibles de déboucher sur des exploitations de taille industrielle.

    RÉSULTATS DES PROSPECTIONS DE L'INVENTAIRE MINIER EN GUYANE

    L'OR

    Dès le début des années 80, la recherche d'or a pris une place prépondérante dans les travaux de l'Inventaire. Les raisons en étaient techniques (résultats peu encourageants des premières années d'exploration pour les métaux de base) et économiques (cours soutenus pour l'or et en stagnation pour les métaux de base). Cette orientation était par ailleurs supportée par la production historique de la Guyane (près de 200 t d'or), révélatrice d'un fort potentiel primaire.

    Essai de typologie factuelle des minéralisations aurifères

    Bâtir une typologie de minéralisations à partir de connaissances essentiellement limitées à des indices de surface ou de subsurface est un exercice délicat. Il a donc fallu intégrer dans cette démarche des exemples de minéralisations situées en dehors du cadre de l'Inventaire. Par ailleurs, nous avons dû faire appel à des exemples situés hors des limites de la région mais appartenant malgré tout au bouclier paléo-protérozoïque Guyane-Afrique de l'Ouest. Cette classification factuelle est bien entendu appelée à évoluer.

    Les hypothèses sur les contrôles possibles des minéralisations aurifères

    Au-delà de la description factuelle des principaux modes d'occurrence de l'or en Guyane, il est important d'en comprendre les mécanismes de mise en place, pour mieux maîtriser les guides d'exploration. On peut ainsi distinguer les concentrations précoces du métal et les remobilisations successives pouvant aboutir à la formation de gisements. Les dernières étapes du cycle de l'or concernent les remobilisations supergènes, conduisant à la formation des gisements oxydés superficiels ou encore alluvionnaires, qui représentent l'essentiel de la production historique en Guyane.


    LE PLOMB, LE ZINC ET L'ARGENT

    Les anomalies en zinc sont peu nombreuses. On remarque qu'elles correspondent souvent à des anomalies à très faibles teneurs et sans accompagnement de plomb ou d'argent. Dans le nord, elles se situent, surtout sur les terrains de la formation Armina (anomalies formationnelles). La découverte des minéralisations Zn-Ag de THR-Florida lors des travaux du syndicat BRGM- COMILOG en 1974-1975 dans la région de Dorlin, démontrait la possibilité d'existence de concentrations en métaux de base liées aux formations volcano-sédimentaires du Paramaca inférieur. Les sondages n'ont rencontré que des sulfures disséminés (blende claire, dépôts distaux), sans intérêt économique. Si l'on fait abstraction du gîte de Perkoa au Burkina-Faso, il semble démontré que, en l'état actuel des connaissances, le potentiel en métaux de base du Paléo-Protérozoïque régional (Bouclier des Guyanes et Birimien d'Afrique de l'Ouest) reste très limité. Les divers travaux de prospection de l'Inventaire orientés vers l'identification de métaux de base n'ont pas été concluants.

    LE NICKEL ET LE PLATINE

    En 1861, A. Damour (document non identifié de 1951) signalait la présence de platine dans des pépites d'or en provenance de l'Approuague. En 1948-1950, E. Aubert de la Rüe (source non identifiée) atteste de l'existence de petites pépites de platine dans une rivière du SE du Surinam (monts Goeje), dans un contexte de gabbros et de roches ultrabasiques. Quelques tests géochimiques ont été réalisés par l'Inventaire autour de points géochimiques anomaux de l'exploration. Le prospect GU23 A (site du futur IT33 diamantifère) fut ainsi étudié en 1981 par géochimie en sols, tarières et prélèvements de roches. Le contexte basique s'exprima bien dans les analyses, mais les teneurs ne furent pas considérées comme suffisamment encourageantes. Par ailleurs, d'autres recherches furent menées au cours du programme de prospection du Sud du département, avec notamment des développements autour de l'indice à platine du Bas Marouini (Marot, 1982), mais sans résultat.

    LE CUIVRE

    Les anomalies en cuivre apparaissent le plus souvent liées à des terrains particuliers :

    - filons de dolérites, en particulier dans la région de Régina où la densité du réseau doléritique est forte (GU21 F) ;
    - massifs basiques, avec présence discrète de nickel (Montagne Lucifer) ;
    - à la périphérie des massifs basiques (GU03 T, Montagne Trinité), où elles pourraient correspondre à des manifestations sulfurées massives péri-intrusives basiques ;
    - éluvions ferrugineuses oxydées (association polymétallique Cu, Pb, Zn, Mo, Ni de GU04 P, Crique Lézard) qui pourraient également correspondre à des sulfures massifs en bordure d'intrusifs ;
    - métavolcanites basiques situées au toit d'un sill de pyroxénolites, comme à Boeuf Mort (Syndicat BRGM-COMILOG), où la minéralisation sulfurée comporte de la pyrite, de la pyrrhotite et de la chalcopyrite ;
    - ensemble gabbro-dioritique à sulfures disséminés (0,1% Cu de la roche) avec remobilisation dans des fractures comme à Bamboula, Montagne Continent (travaux du Syndicat BRGM COMILOG).

    Dans le sud de la région, on note la présence de quelques minéralisations sulfurées en contexte volcano-sédimentaire, mais où le cuivre est absent : Florida (Pb, Ag) ou THR (Zn, Ag).

    Dans l'état actuel des connaissances, et sous réserve de travaux complémentaires dans les secteurs affichant des indications sulfurées massives, le cuivre n'apparaît pas comme un élément susceptible de constituer des concentrations d'intérêt industriel.


    LE MOLYBDENE

    Des indices de molybdène sont connus dans le bouclier des Guyanes et de l'Afrique de l'Ouest. Ils appartiennent au même contexte géologique que celui du Paramaca de Guyane. Citons par exemple : Eagle Mountain, Tanne et Yakishuru au Guyana ; Pletrug, Adjobosanti au Surinam ; Monogaga en Côte-d'Ivoire et Gaoua au Burkina-Faso.

    Plusieurs anomalies géochimiques à molybdène ont été découvertes par l'Inventaire dans les terrains du Paramaca inférieur. Les principales : GU02D, GU02P, GU03A1, GU03A2, GU03A3, GU03B1, GUO3B2, GU03C, GU03D, GU03R, GU04E, GU04L, GU11C, GU17B, GU17C, GU17D, GU17E, GU20B, GU21A, GU21B, GU21E, GU22E, GU22M.

    Un important travail a été réalisé sur l'indice GU21A-Arataye (Rapports 79 GUY 003, 82 GUY 005) où existe une très forte anomalie géochimique (700 ppm Mo), amplifiée à 1 800 ppm Mo en roche altérée. La prospectiona été jusqu'à la réalisation de 3 profils de tarière et de 8 sondages courts de type Winckie. L'indice semble correspondre à la présence de filonnets quartzeux à molybdénite associés aux bordures des petits massifs de granites guyanais intrusifs dans le Paramaca. A Arataye, le molybdène est généralement accompagné par de faibles anomalies en cuivre. Les teneurs en roche (maximum 100 ppm Mo pour une puissance de 1 m) sont insuffisantes pour expliquer les très fortes concentrations enregistrées en subsurface, jusqu'à 1 500 ppm Mo). Des phénomènes secondaires (débris minéralisés dans des chenaux anciens) et pédogénétiques complexes (carapace ferrugineuse au sommet de massifs basiques) pourraient expliquer cette surconcentration dans les sols.

    D'autres anomalies à molybdène se suivent à l'intérieur d'un même couloir de fracturation, comme par exemple GU03A1, GU03A2,GU03A3, GU03B1, GU03B2, GU03C. La plupart des anomalies à molybdène trouvées paraissent liées à des systèmes de filonnets de quartz en relation avec des granites post-tectoniques ; ce genre de minéralisation donne rarement lieu à des concentrations économiques.

    LE TITANE

    De 1981 à 1982, l'Inventaire a réalisé quelques travaux de recherche à partir des résultats analytiques des campagnes d'exploration. Comme exemple principal, nous citerons l'anomalie de la grille d'exploration GU03, en bordure de la crique Tigre.

    Les études minéralogiques ont montré la présence, dans les échantillons latéritiques, d'anatase, ilménite, leucoxène et rutile. Les quantités paraissent insuffisantes et les teneurs géochimiques en sols peu encourageantes.

    LES MINERAUX LOURDS DES CORDONS LITORAUX

    L'Inventaire s'est intéressé entre 1976 et 1977 à l'étude économique des minéraux industriels des cordons sableux littoraux. Deux phases de travaux se sont succédées (Rapport77 GUY 007).

    La première phase (1976) a été réalisée au moyen de sondages par tarière à main et sondeuse légère "Donners", implantés le long de profils distants de 1 500 m (espacement sur profil : 50 à 100 m), et par des mesures de la radioactivité au scintillomètre. Ces travaux ont permis de délimiter les principales zones à minéraux lourds (ilménite, rutile, leucoxène, zircon et monazite). Sur les meilleurs secteurs, des resserrements ont été réalisés en 1977 à des mailles de 400 m et 50 m. Des concentrés représentatifs de chaque profil ont été constitués et leur contenu en minéraux commercialisables évalué. Durant ces deux opérations, 2002 puits et sondages ont été foncés, représentant une foration totale de 5 328 m.

    Si la présence de sables à ilménite, monazite et zircon a pu être démontrée, les teneurs et les tonnages ne sont pas suffisants pour intéresser l'industrie.

    Au cours des travaux de la mission "Sables de plage" (Rapports 77GUI 007, 78 GUY 002), un niveau de calcaire coquillier est apparu à la base d'un cordon littoral ancien, entre Tonate et Kouron. Des études complémentaires ont été effectuées afin de juger des possibilités d'utilisation de ce calcaire pour l'agriculture. Une réserve de 2 400 000 m3 de sable coquillier, renfermant 48 000 t de coquilles séparables du sable a été démontrée, mais le faible pourcentage de débris coquilliers récupérables reste insuffisant pour envisager une exploitation.

    LE KAOLIN

    Sur les indices connus de la région située au nord de Saint-Laurent-du-Maroni, une première opération de reconnaissance à la tarière à main a été réalisée en 1977-78 (Rapport 80 GUY 001) par les équipes de l'Inventaire dans le but de définir des zones économiquement favorables. 118 sondages ont été foncés et 375 échantillons métriques ont été récupérés pour étude.

    Ces travaux ont permis de sélectionner trois zones sur lesquelles une prospection systématique à maille régulière et des tests géophysiques ont été effectués en 1979 et 1980 (Rapport 80 GUY 001). Il s'agit de :

    - Saut-Sabbat : 40 tarières à la maille de 500 x 500 m et profils de résistivité (traînés électriques) ;
    - Malgaches : 22 tarières à la maille de 1000 x 500 m et 2 sondages électriques ;
    - Charvein :133 tarières à la maille de 1000 x 1000 m et 4 sondages électriques.

    Seule la zone de Charvein s'est révélée intéressante. Des études complémentaires (essais de délaminage notamment) ont été effectuées en vue d'une utilisation du kaolin en produit céramique ou comme pigment de l'industrie papetière (Rapports 79 SGN 388 MIN, 80 SGN 309 MIN, 80 RDM 017 DEM et 81 SGN 663 MIN).

    A l'issue des essais sur échantillons volumineux, la conclusion sur le sujet était la suivante : une partie du gisement est exploitable en qualité "couchage du papier", une autre partie serait utilisable par l'industrie céramique. Ces études qualitatives restent cependant ponctuelles et demandent à être étendues à l'ensemble du gisement.

    LE DIAMANT

    Des diamants ont été trouvés dès 1930 dans les affluents en rive gauche de la rivière de Kaw. Le BMG (Bureau Minier Guyanais), pour sa part, a mis en évidence un indice à 27 pierres dans cette région (crique Mathieu). La source de ces diamants n'a pas été déterminée, mais une relation a été établie, soit avec les conglomérats de l'Orapu, soit avec la présence d'ultrabasiques dans le Paramaca inférieur de Kaw. Des recherches ont été poursuivies dans d'autres secteurs comportant des conglomérats à l'affleurement (Approuague, Trois Pitons, Bagote et Lézard), mais sans succès.

    S'appuyant sur un parallèle avec le Brésil, mais aussi avec le Ghana (le plus gros producteur d'Afrique de l'Ouest avec une estimation de 100 millions de carats dans la région de la rivière Bitim, en contexte de conglomérats et de failles), le BRGM proposa au Comité de l'Inventaire de vérifier l'existence possible de diamant dans le Sud de la Guyane. Des prospections par concentrés alluviaux (batées et Gravitator brésilien à 4 tamis) furent réalisées en 1975 et 1976 (Rapports 76 GUY 006 et 77 GUY 010) dans les bassins du haut Maroni et du moyen Oyapock. Aucun des accompagnateurs habituels du diamant ne fut mis en évidence, mais 8 petites pierres furent extraites d'alluvions dans le bassin de l'Inini. Cette recherche fut poursuivie à l'occasion des travaux de prospection associés au programme de cartographie de la région de haute Ouaqui. C'est ainsi que fut découvert le site d'IT33 en 1978 (secteur alluvionnaire d'au moins 8 x 3 km ; Rapport 82 GUI 004). Les diamants trouvés sont de petite taille. Ils sont associés uniquement à des spinelles chromifères et à de la chromite, le cortège habituel des minéraux de kimberlites étant absent.

    L'ensemble des travaux de détail (prélèvements de graviers en lit vif pour concentration en batée, lavages au jig, échantillonnage en sols, campagne à la tarière et en puits) mirent en évidence la possibilité d'existence : d'un gisement éluvionnaire avec un potentiel relativement important, et d'un gisement alluvionnaire plus modeste.

    Compte tenu du faible investissement consenti à la recherche diamantifère dans l'ensemble potentiellement favorable que représente le domaine Paramaca du Sud de la Guyane, des possibilités de découvrir d'autres sites subsistent le long d'un axe Maripasoula-Camopi. Celui-ci est matérialisé par des indices alluvionnaires isolés dans un environnement favorable de roches volcaniques basiques et ultrabasiques (Palofini et Camopi notamment).