La décision politique de 1975, à l'origine de l'Inventaire des ressources minérales du sous-sol, reposait sur le principe d'une maîtrise accrue des sources d'approvisionnement en matières premières minérales. Le premier choc pétrolier de 1973 et la constitution de l'OPEP, favorisant l'augmentation des cours mondiaux, entraînèrent une forte dépendance de la France vis-à-vis de ses approvisionnements à l'étranger. Pour contribuer au rétablissement de la balance du commerce extérieur de la France, il fut donc décidé d'orienter les efforts de l'Inventaire minier vers deux objectifs principaux :
Dans le cas particulier de la Guyane, les objectifs de prospection découlaient directement de l'état d'avancement des connaissances géologiques et métallogéniques de l'époque, plus développées dans la moitié nord pour des raisons d'accessibilité. Une étude gîtologique prévisionnelle a permis d'inscrire au programme des recherches quatre thèmes principaux :
Néanmoins, l'évolution de la conjoncture économique mondiale au cours du déroulement de l'activité de l'Inventaire minier, entraîna des modifications notables du programme initial. La chute des cours des métaux de base, en particulier des métaux non-ferreux à partir de 1976, ainsi que le fort redressement du cours de l'or, incitèrent le Comité de l'Inventaire, à partir des années 1980, à se recentrer préférentiellement sur la recherche de minéralisations aurifères de type primaire, seules susceptibles de déboucher sur des exploitations de taille industrielle.
Dès le début des années 80, la recherche d'or a pris une place prépondérante dans les travaux de l'Inventaire. Les raisons en étaient techniques (résultats peu encourageants des premières années d'exploration pour les métaux de base) et économiques (cours soutenus pour l'or et en stagnation pour les métaux de base). Cette orientation était par ailleurs supportée par la production historique de la Guyane (près de 200 t d'or), révélatrice d'un fort potentiel primaire.
Bâtir une typologie de minéralisations à partir de connaissances essentiellement limitées à des indices de surface ou de subsurface est un exercice délicat. Il a donc fallu intégrer dans cette démarche des exemples de minéralisations situées en dehors du cadre de l'Inventaire. Par ailleurs, nous avons dû faire appel à des exemples situés hors des limites de la région mais appartenant malgré tout au bouclier paléo-protérozoïque Guyane-Afrique de l'Ouest. Cette classification factuelle est bien entendu appelée à évoluer.
Ce type de gisements est caractérisé par des minéralisations stratiformes, disséminées, à gangue siliceuse. Elles prennent l'aspect de filons ou de stockwerks quartzeux, associés à des tourmalines, des chlorites et des carbonates. Ces gisements paraissent centrés sur des zones d'émissions hydrothermales et sont sans lien direct avec les centres volcaniques.
- Exemple de Loulo au Mali (potentiel de 28 t d'or à 4,38 g/t, 1985).
- Site analogue de l'inventaire en Guyane : Dorlin, GU50 & 10C. Aucun autre sujet connu.
Le secteur de Dorlin est essentiellement constitué de terrains volcano-sédimentaires appartenant au Protérozoique inférieur, à l'exception du nord-ouest de la zone où affleurent une partie d'un complexe amphibolique et pyriteux, ainsi que des granites appartenant à un vaste massif. Le gîte est encaissé dans la formation du Paramaca inférieur. La minéralisation est apparemment stratiforme, épaisse de plusieurs mètres, associée à des hydrothermalites particulièrement riches en tourmaline et synchrone d'émissions volcaniques. La minéralisation serait d'origine purement exhalative sédimentaire. Elle s'accompagne de cherts, de chlorites et de sulfures, ou de silice, de tourmaline et de sulfures. Des stockwerks ainsi que des résilles à silice, tourmaline, carbonates ferrifères, séricite, chlorite, sulfures et or natif, lui sont également associés. La minéralisation est géochimiquement signée par le bore, l'arsenic, et l'antimoine, et, dans une moindre mesure, par le nickel et le cuivre.
Ce type de dépôt est fréquent dans les ceintures volcano-sédîmentaires du Protérozoique. Il se localise le long de grands accidents ductiles affectant des encaissants variés et sont généralement localisés près de l'interface roches volcaniques-roches détritiques. L'or est disséminé ou en réseau de veinules dans des supports lithologiques variés (petits massifs granitiques particulièrement compétents vis-a-vis de la minéralisation, roches sédimentaires, roches volcaniques, ou encore dans des systèmes filoniens complexes). De manière générale, l'or se présente sous forme d'inclusions dans les sulfures (pyrite, arsénopyrite), parfois dans des tellures, ou encore natif dans du quartz saccharoïde. La minéralisation est principalement associée à des carbonates, et accessoirement à des chlorites et des séricites.
- Exemple de Omaï au Guyana, où le minerai est porté par un intrusif ; exploitation en cours à près de 8 t d'or par an (réserves de 40 Mt).
- Sites analogues en Guyane : ils sont nombreux. Citons par exemple Repentir, Yaou, Espérance, Saint-Pierre, Loulouie, Adieu-Vat, Mataroni (Ela), Langa Tabiki, Cazal. Hormis Yaou, qui a fait l'objet d'importantes recherches par sondages profonds, la plupart des autres exemples n'ont jusqu'à présent été qu'effleurés.
Le gîte de Saint-Pierre (GU22 K) est situé au contact entre les formations du Paramaca inférieur et de l'Orapu sur l'accident senestre D2 limitant le sud du bassin de la Mana. La zone est intensément mylonitisée. Le contact tectonique est recoupé localement par des sills anastomosés de granites albitiques microgrenus affectés partiellement par une schistosité S2 et bréchifiés par les structures minéralisées.
Les analyses géochimiques multi-élémentaires effectuées lors de l'Inventaire minier sur des échantillons sols et roches, ont montré l'existence d'une corrélation entre Au et Pb, Mo et Ag (Zeegers et al.,1985), associée à une structure hydrothermalisée à quartz et sulfures. Celle-ci constitue un ensemble filonien principal à quartz microsaccharoïde (penté de 45° vers le nord et de 10 à 22 m de puissance) et de filonnets satellites, syn- à tardi- D2, formant des stockwerks dans l'encaissant. Cet encaissant est affecté, aux épontes des filons, par une intense altération hydrothermale à pyrite, quartz, carbonate, chlorite, magnétite, séricite et localement barytine, pénétrant jusqu'à 10 m dans l'encaissant.
La succession paragénétique est constituée de carbonates (abondants), pyrite, quartz, galène, chalcopyrite, tellurures (d'argent, or, plomb et nickel plus rarement), or natif et rutile localement abondant. Les carbonates, la pyrite et une partie du quartz sont précoces par rapport à D2. L'or, généralement fin (50 % inf. à l25 µm), s'exprime sous forme native ou en tellurure dans les fractures de la pyrite remplies de quartz microsaccharoïde, chalcopyrite et galène. On le trouve également sous les mêmes formes, en inclusion dans les filonnets de galène (Manier, 1992). La teneur moyenne en roche est faible (2 g/t d'or) et le potentiel évalué reste pour l'instant limité (2,5 t d'or).
Saint-Pierre est un exemple du type des minéralisations les plus fréquemment rencontrées en Guyane française.
- Exemples également dans la Gold Coast Range au Ghana (or et arsénopyrite ; production industrielle historique de 1000 t en un siècle), où la minéralisation est située en bordure immédiate du bassin sédimentaire de Tarkwa (Milesi et al., 1995).
- Sites analogues possibles en Guyane : certains indices de ce type ont été mis en évidence lors des travaux récents de l'Inventaire minier, en bordure des bassins Orapu, dans la région de la Montagne de Kaw, à Maripa et à Montagne Française. Il reste de bonnes chances de découverte de ce type de minéralisation le long des failles bordières des bassins détritiques du Sillon Nord-Guyanais.
Ces minéralisations sont interprétées comme des paléo-placers formés en contexte fortement subsident. On suspecte toutefois l'intervention de fluides hydrothermaux d'origines diverses (Milesi et al., 1989 ; Vinchon, 1989 ; Manier, 1992).
- Exemple du gisement de Tarkwa au Ghana (nombreuses références), où la minéralisation aurifère stratiforme semble contrôlée par des faciès conglomératiques monogéniques grossiers.
- Sites analogues en Guyane : des minéralisations aurifères de type stratiforme ont été
identifiées par l'Inventaire à Montagne Tortue. Des présomptions existent aussi dans les
secteurs de Montagne Geneviève, de Montagne des Chevaux, de Trois Pitons, de Kaw,
de Maripa et de Montagne Française. Les anomalies aurifères de Montagne Tortue sont
corrélées préférentiellement à des conglomérats de type coulées de débris, comparables à
ceux de la formation de Kawere au Ghana. Toutefois, cette formation qui porte un
certain nombre d'anomalies aurifères, n'a jusqu'alors jamais donné lieu à une exploitation
(Egal et al., 1995). Si des minéralisations aurifères associées à des coulées de débris sont
connues de par le monde (citons le cas du gisement de Vendersdrop Contact Placer en
Afrique du Sud), l'origine syngénétique de l'or dans ce type n'est toutefois pas clairement
démontrée. Rappelons que pour le plus gros gisement d'or du monde, celui du Rand en
Afrique du Sud, l'extrême abondance des observations et études consacrées, depuis des
décennies, à l'origine et la mise en place de l'or dans ces conglomérats n'ont pas encore
abouti à trancher de manière indiscutable sur la question de la mise en place syngénétique
ou hydrothermale du métal. En Guyane, compte tenu du faible niveau de connaissance,
nous ne sommes pas en mesure d'aller plus avant ; toutefois, nous retenons les trois
hypothèses suivantes (non exclusives) en ce qui concerne la mise en place de l'or dans
l'Orapu (Toux, 1993 ; Vinchon et al., 1988 ; Vinchon, 1989) :
La minéralisation serait le produit d'une reconcentration pédogénétique (dissolution - précipitation) dans un horizon latéritique, d'une dissémination ou d'une concentration initiale "primaire". Il faut souligner que toutes les présentations aurifères "primaires" (économiques ou non, filoniennes ou disséminées) décrites plus haut sont susceptibles, dans la zone d'altération, de constituer ces gisements de type oxydé. L'or est alors présent dans différents matériaux du profil latéritique (latérite indurée, saprolite argileuse) ; il se présente fréquemment sous forme pépitique, libéré de sa matrice originelle ou des sulfures. Il est par conséquent récupérable par des techniques simples (gravimétrie ou cyanuration).
- Pas d'exemple clairement défini dans le bouclier des Guyanes - Afrique de l'Ouest.
- Un exemple en Guyane Délice (J. Petot, 1981) :
L'or de Délice est exploité dans des éluvions situées sur les terrains volcano-sédimentaires du Paramaca inférieur, dans lesquels on observe fréquemment des filons et filonnets de quartz à pyrite formant parfois des stockwerks. L'or extrait est généralement assez gros, parfois pépitique dans la terre végétale, plus fin dans les argiles, et accompagné d'ilménite, limonite, magnétite et pyrite. Les phénomènes chimiques (transport en solution puis précipitation à proximité de la source primaire) semblent être à l'origine de la genèse de ce gisement. La concentration mécanique ne paraît jouer qu'un rôle mineur, et la minéralisation serait essentiellement liée à des phénomènes de dissolution - dépôt. En 1978, les ressources était estimées à 1,2 t d'or (Picot et al., 1995).
Il s'agit de placers détritiques, d'âge tertiaire à quaternaire. Leur tonnage est généralement modeste mais leur exploitation peu coûteuse ne demandant pas d'infrastructure importante, est à la portée des artisans et des PME.
- Exemples nombreux en Afrique de l'Ouest où, à côté des exploitations artisanales intermittentes dont les productions ont été estimées à 1 000 t d'or depuis la préhistoire, existent des exploitations industrielles comme à Dunkwa au Ghana.
- Sites analogues en Guyane de placers quaternaires : nombreux exemples avec une gamme allant des dépôts de petite taille, temporairement orpaillés, jusqu'à des gisements plus volumineux faisant l'objet d'exploitations semi-industrielles, comme à Paul Isnard, Boulanger et Saint-Elie (sur Paramaca Inférieur), Crique Grillo (sur Armina), Ricard (sur Orapu), Courcibo (sur granitoïdes). Il convient de citer également les grands placers de l'Approuague et du Sinnamary (programme Inventaire des "Grands Flats" ; 1975 à 1978).
C'est ce type de dépôt qui a fourni l'essentiel de la production aurifère guyanaise jusqu'à nos jours, soit près de 200 t d'or. De manière générale, ces gisements ne semblent pas provenir directement de l'altération des minéralisations primaires, où l'or, trop fin, ne peut être concentré mécaniquement. Cet or doit plus probablement avoir subi une prématuration éluviale.
- Sites analogues en Guyane de placers fossiles d'âge pliocène : exemple, le Plateau des Mines (Petot, 1983 ; Husson, 1985), le Plateau Serpent, le Plateau Cascade, où l'or se localise dans les premiers niveaux de mise en place de la Série Détritique de Base (niveaux plus ou moins continus de graviers et de galets). Citons également les prospections réalisées par l'lnventaire dans la Série Détritique de Base entre Iracoubo et Saut Sabbat (Plat, 1980).
Au-delà de la description factuelle des principaux modes d'occurrence de l'or en Guyane, il est important d'en comprendre les mécanismes de mise en place, pour mieux maîtriser les guides d'exploration. On peut ainsi distinguer les concentrations précoces du métal et les remobilisations successives pouvant aboutir à la formation de gisements. Les dernières étapes du cycle de l'or concernent les remobilisations supergènes, conduisant à la formation des gisements oxydés superficiels ou encore alluvionnaires, qui représentent l'essentiel de la production historique en Guyane.
Le Paramaca inférieur semble avoir joué un rôle primordial dans la distribution originelle des minéralisations aurifères en Guyane. En effet, la grande majorité des indices déborde assez peu du domaine volcano-sédimentaire. Le Paramaca inférieur pourrait avoir été le vecteur et le support de la mise en place initiale du stock d'or, suivant un schéma du type dépôt syngénétique (exemple de Dorlin, type 1). Cependant, dans le Paramaca inférieur, et hormis Dorlin, les prospects aurifères correspondent typiquement à des structures sécantes.
L'anomalie aurifère de GU04S-Langa Tabiki, toute entière contenue dans les terrains Armina, et hors d'influence des intrusifs, suggère que le métal doit être présent dans les formations encaissantes. L'Armina étant le produit sédimentaire résultant essentiellement du démantèlement du Paramaca inférieur (et de son potentiel aurifère, sous quelque forme qu'il se trouve). Il ne serait pas surprenant d'y retrouver une charge aurifère formationnelle dont la nature reste à préciser.
L'inventaire minier a mis en évidence, dans plusieurs sections du Sillon Nord-Guyanais (SNG), l'existence de minéralisations aurifères discordantes (Montagne de Kaw) ou stratiformes et discordantes (Montagne Tortue, Trois Pitons), encaissées dans l'Ensemble Détritique Supérieur. La minéralisation aurifère stratiforme pourrait être interprétée comme une mise en place de type paléo-placer, l'encaissant étant constitué par un ensemble détritique de nature variable. D'après L. Toux (1993), une partie de l'or pourrait provenir de terrains du Paramaca inférieur de bordure du bassin, le transport étant de type colluvionnaire en bordure de talus (cas des coulées de débris minéralisés de Montagne Tortue), ou de type hydrodynamique plus distal (concentrations aurifères des conglomérats monogéniques). C'est dans cette catégorie que l'on peut inclure le prospect GU22Y (Arouany), où les anomalies, superposées aux conglomérats de base de l'Orapu, comme à Tortue, suggèrent la présence d'une minéralisation à caractère stratiforme. Des circulations hydrothermales, marquées notamment par des silicifications ou par la présence de minéraux néoformés (magnétite, tourmaline), pourraient avoir joué un rôle d'apport et/ou de remobilisation de cette mise en place détritique de l'or (Vinchon et al.,1988, 88 OUF 017 GEO ; Vinchon, 1989 ; Lasserre et al., 1989, 89 OUF 023 ; Manier, 1992).
Certaines minéralisations aurifères (Repentir, Ela-Mataroni) sont encaissées dans des granitoïdes, mais se situent à faible distance de terrains volcano-sédimentaires. Les paragenèses ou les associations géochimiques montrent sur certains indices une influence granitique (anomalie géochimique en W-Mo à Loulouie, Milesi et al., 1995) ou périgranitique (association Au-W et Sb, Mo à Maripa GU17R d'après L. Viallefond, 1995). On peut donc imaginer que, dans certains cas, des intrusifs aient pu jouer un rôle moteur dans les circulations hydrothermales minéralisantes.
Dans la plupart des cas, la position structurale des minéralisations aurifères discordantes de Guyane se situe entre les périodes D2 précoce et tardi-D2 (Milesi et al., 1995).L'importance de la déformation D2 dans la mise en place de ces minéralisations aurifères est soulignée par la localisation préférentielle de nombreux indices et gîtes aurifères à proximité des grands accidents (Adieu-Vat, Loulouie, Espérance, Saint-Pierre, Maripa, Devez, etc.). Si la déformation D2 représente un métallotecte prépondérant, il convient cependant de noter l'existence de résilles de quartz, carbonates et sulfures transposées dans la schistosité principale S1 ou S2 qui pourraient évoquer une mise en place plus précoce (tardi D1 à précoce D2 ? - Milesi et al., 1995) ; il semble que ce soit partiellement le cas à Doyle, Changement et Sainte-Marie- les-Mines.
Au sein des formations du Paramaca inférieur, les anomalies or en relation avec des structures filoniennes sont nombreuses. Elles donnent de belles anomalies linéaires comme à GU21G1 (Ipouçin), GUO4C (Saint-Paul), GU17H (Sainte-Marie-aux-Mines) et son extension vers GUI 7 G (Cacao), GU20 S (Monts Toucouchi), GU21F2 (Crique Japigny), GU21F3 (Crique Cariacou) et GU20G (Crique Païra) qui est, en fait, une anomalie argent, l'or n'ayant pas été analysé. Il faut noter que le prospect GU21H (La Boue) se superpose, sur l'ancienne carte géologique de Régina, à un dyke de dolérite, alors qu'il s'agirait en fait, comme le montre bien la récente carte thématique de Régina, d'un important filon de quartz aurifère.
Dans le Sillon Nord-Guyanais, l'or paraît surtout associé aux failles bordières des bassins Orapu comme c'est le cas :
- dans le NE du département avec :
2- démonstration d'un nouvel axe aurifère Montagne Française-Espérance. Il s'agit d'un accident N30°E qui n'était jusqu'alors pas considéré comme aurifère. Toutefois, quatre indices aurifères s'alignent sur cette structure : Montagne Française, Espérance, GUO4J, Dégrad Yaya, et GUO4T, Crique Beïman.
Dans la formation du Paramaca supérieur, les indices aurifères de surface de Langa Tabiki correspondent à une structure cassante régionale de direction NNW-SSE.
Nous ne reviendrons pas en détail sur cette mobilisation superficielle de l'or qui, en Guyane, a constitué l'essentiel de la production historique. Rappelons toutefois qu'il semble bien que l'or ait eu à transiter par une phase de préconcentration éluviale (pépitisation) avant d'alimenter les actuels placers.
Les anomalies en zinc sont peu nombreuses. On remarque qu'elles correspondent souvent à des
anomalies à très faibles teneurs et sans accompagnement de plomb ou d'argent. Dans le nord, elles se situent,
surtout sur les terrains de la formation Armina (anomalies formationnelles). La
découverte des minéralisations Zn-Ag de THR-Florida lors des travaux du syndicat BRGM-
COMILOG en 1974-1975 dans la région de Dorlin, démontrait la possibilité d'existence de
concentrations en métaux de base liées aux formations volcano-sédimentaires du Paramaca
inférieur. Les sondages n'ont rencontré que des sulfures disséminés (blende claire, dépôts
distaux), sans intérêt économique. Si l'on fait abstraction du gîte de Perkoa au Burkina-Faso, il
semble démontré que, en l'état actuel des connaissances, le potentiel en métaux de base du
Paléo-Protérozoïque régional (Bouclier des Guyanes et Birimien d'Afrique de l'Ouest) reste
très limité. Les divers travaux de prospection de l'Inventaire orientés vers l'identification de
métaux de base n'ont pas été concluants.
En 1861, A. Damour (document non identifié de 1951) signalait la présence de platine dans des
pépites d'or en provenance de l'Approuague. En 1948-1950, E. Aubert de la Rüe (source non
identifiée) atteste de l'existence de petites pépites de platine dans une rivière du SE du Surinam
(monts Goeje), dans un contexte de gabbros et de roches ultrabasiques. Quelques tests
géochimiques ont été réalisés par l'Inventaire autour de points géochimiques anomaux de
l'exploration. Le prospect GU23 A (site du futur IT33 diamantifère) fut ainsi
étudié en 1981 par géochimie en sols, tarières et prélèvements de roches. Le contexte basique
s'exprima bien dans les analyses, mais les teneurs ne furent pas considérées comme
suffisamment encourageantes. Par ailleurs, d'autres recherches furent menées au cours du
programme de prospection du Sud du département, avec notamment des développements
autour de l'indice à platine du Bas Marouini (Marot, 1982), mais sans résultat.
Les anomalies en cuivre apparaissent le plus souvent liées à des terrains particuliers :
- filons de dolérites, en particulier dans la région de Régina où la densité du réseau doléritique
est forte (GU21 F) ;
- massifs basiques, avec présence discrète de nickel (Montagne Lucifer) ;
- à la périphérie des massifs basiques (GU03 T, Montagne Trinité), où elles
pourraient correspondre à des manifestations sulfurées massives péri-intrusives basiques ;
- éluvions ferrugineuses oxydées (association polymétallique Cu, Pb, Zn, Mo, Ni de GU04 P,
Crique Lézard) qui pourraient également correspondre à des sulfures massifs
en bordure d'intrusifs ;
- métavolcanites basiques situées au toit d'un sill de pyroxénolites, comme à Boeuf Mort
(Syndicat BRGM-COMILOG), où la minéralisation sulfurée comporte de la pyrite, de la
pyrrhotite et de la chalcopyrite ;
- ensemble gabbro-dioritique à sulfures disséminés (0,1% Cu de la roche) avec remobilisation
dans des fractures comme à Bamboula, Montagne Continent (travaux du Syndicat BRGM
COMILOG).
Dans le sud de la région, on note la présence de quelques minéralisations sulfurées en contexte volcano-sédimentaire, mais où le cuivre est absent : Florida (Pb, Ag) ou THR (Zn, Ag).
Dans l'état actuel des connaissances, et sous réserve de travaux complémentaires dans les secteurs affichant des indications sulfurées massives, le cuivre n'apparaît pas comme un élément susceptible de constituer des concentrations d'intérêt industriel.
Des indices de molybdène sont connus dans le bouclier des Guyanes et de l'Afrique de l'Ouest. Ils appartiennent au même contexte géologique que celui du Paramaca de Guyane. Citons par exemple : Eagle Mountain, Tanne et Yakishuru au Guyana ; Pletrug, Adjobosanti au Surinam ; Monogaga en Côte-d'Ivoire et Gaoua au Burkina-Faso.
Plusieurs anomalies géochimiques à molybdène ont été découvertes par l'Inventaire dans les terrains du Paramaca inférieur. Les principales : GU02D, GU02P, GU03A1, GU03A2, GU03A3, GU03B1, GUO3B2, GU03C, GU03D, GU03R, GU04E, GU04L, GU11C, GU17B, GU17C, GU17D, GU17E, GU20B, GU21A, GU21B, GU21E, GU22E, GU22M.
Un important travail a été réalisé sur l'indice GU21A-Arataye (Rapports 79 GUY 003, 82 GUY 005) où existe une très forte anomalie géochimique (700 ppm Mo), amplifiée à 1 800 ppm Mo en roche altérée. La prospectiona été jusqu'à la réalisation de 3 profils de tarière et de 8 sondages courts de type Winckie. L'indice semble correspondre à la présence de filonnets quartzeux à molybdénite associés aux bordures des petits massifs de granites guyanais intrusifs dans le Paramaca. A Arataye, le molybdène est généralement accompagné par de faibles anomalies en cuivre. Les teneurs en roche (maximum 100 ppm Mo pour une puissance de 1 m) sont insuffisantes pour expliquer les très fortes concentrations enregistrées en subsurface, jusqu'à 1 500 ppm Mo). Des phénomènes secondaires (débris minéralisés dans des chenaux anciens) et pédogénétiques complexes (carapace ferrugineuse au sommet de massifs basiques) pourraient expliquer cette surconcentration dans les sols.
D'autres anomalies à molybdène se suivent à l'intérieur d'un même couloir de fracturation,
comme par exemple GU03A1, GU03A2,GU03A3, GU03B1, GU03B2, GU03C. La plupart des anomalies à molybdène
trouvées paraissent liées à des systèmes de filonnets de quartz en relation avec des granites
post-tectoniques ; ce genre de minéralisation donne rarement lieu à des concentrations économiques.
De 1981 à 1982, l'Inventaire a réalisé quelques travaux de recherche à partir des résultats analytiques des campagnes d'exploration. Comme exemple principal, nous citerons l'anomalie de la grille d'exploration GU03, en bordure de la crique Tigre.
Les études minéralogiques ont
montré la présence, dans les échantillons latéritiques, d'anatase, ilménite, leucoxène et rutile.
Les quantités paraissent insuffisantes et les teneurs géochimiques en sols peu encourageantes.
L'Inventaire s'est intéressé entre 1976 et 1977 à l'étude économique des minéraux industriels des cordons sableux littoraux. Deux phases de travaux se sont succédées (Rapport77 GUY 007).
La première phase (1976) a été réalisée au moyen de sondages par tarière à main et sondeuse légère "Donners", implantés le long de profils distants de 1 500 m (espacement sur profil : 50 à 100 m), et par des mesures de la radioactivité au scintillomètre. Ces travaux ont permis de délimiter les principales zones à minéraux lourds (ilménite, rutile, leucoxène, zircon et monazite). Sur les meilleurs secteurs, des resserrements ont été réalisés en 1977 à des mailles de 400 m et 50 m. Des concentrés représentatifs de chaque profil ont été constitués et leur contenu en minéraux commercialisables évalué. Durant ces deux opérations, 2002 puits et sondages ont été foncés, représentant une foration totale de 5 328 m.
Si la présence de sables à ilménite, monazite et zircon a pu être démontrée, les teneurs et les tonnages ne sont pas suffisants pour intéresser l'industrie.
Au cours des travaux de la mission "Sables de plage" (Rapports 77GUI 007, 78 GUY 002), un
niveau de calcaire coquillier est apparu à la base d'un cordon littoral ancien, entre Tonate et
Kouron. Des études complémentaires ont été effectuées afin de juger des possibilités
d'utilisation de ce calcaire pour l'agriculture. Une réserve de 2 400 000 m3 de sable coquillier,
renfermant 48 000 t de coquilles séparables du sable a été démontrée, mais le faible
pourcentage de débris coquilliers récupérables reste insuffisant pour envisager une exploitation.
Sur les indices connus de la région située au nord de Saint-Laurent-du-Maroni, une première opération de reconnaissance à la tarière à main a été réalisée en 1977-78 (Rapport 80 GUY 001) par les équipes de l'Inventaire dans le but de définir des zones économiquement favorables. 118 sondages ont été foncés et 375 échantillons métriques ont été récupérés pour étude.
Ces travaux ont permis de sélectionner trois zones sur lesquelles une prospection systématique à maille régulière et des tests géophysiques ont été effectués en 1979 et 1980 (Rapport 80 GUY 001). Il s'agit de :
- Saut-Sabbat : 40 tarières à la maille de 500 x 500 m et profils de résistivité (traînés électriques) ;
- Malgaches : 22 tarières à la maille de 1000 x 500 m et 2 sondages électriques ;
- Charvein :133 tarières à la maille de 1000 x 1000 m et 4 sondages électriques.
Seule la zone de Charvein s'est révélée intéressante. Des études complémentaires (essais de délaminage notamment) ont été effectuées en vue d'une utilisation du kaolin en produit céramique ou comme pigment de l'industrie papetière (Rapports 79 SGN 388 MIN, 80 SGN 309 MIN, 80 RDM 017 DEM et 81 SGN 663 MIN).
A l'issue des essais sur échantillons volumineux, la conclusion sur le sujet était la suivante : une
partie du gisement est exploitable en qualité "couchage du papier", une autre partie serait
utilisable par l'industrie céramique. Ces études qualitatives restent cependant ponctuelles et
demandent à être étendues à l'ensemble du gisement.
Des diamants ont été trouvés dès 1930 dans les affluents en rive gauche de la rivière de Kaw. Le BMG (Bureau Minier Guyanais), pour sa part, a mis en évidence un indice à 27 pierres dans cette région (crique Mathieu). La source de ces diamants n'a pas été déterminée, mais une relation a été établie, soit avec les conglomérats de l'Orapu, soit avec la présence d'ultrabasiques dans le Paramaca inférieur de Kaw. Des recherches ont été poursuivies dans d'autres secteurs comportant des conglomérats à l'affleurement (Approuague, Trois Pitons, Bagote et Lézard), mais sans succès.
S'appuyant sur un parallèle avec le Brésil, mais aussi avec le Ghana (le plus gros producteur d'Afrique de l'Ouest avec une estimation de 100 millions de carats dans la région de la rivière Bitim, en contexte de conglomérats et de failles), le BRGM proposa au Comité de l'Inventaire de vérifier l'existence possible de diamant dans le Sud de la Guyane. Des prospections par concentrés alluviaux (batées et Gravitator brésilien à 4 tamis) furent réalisées en 1975 et 1976 (Rapports 76 GUY 006 et 77 GUY 010) dans les bassins du haut Maroni et du moyen Oyapock. Aucun des accompagnateurs habituels du diamant ne fut mis en évidence, mais 8 petites pierres furent extraites d'alluvions dans le bassin de l'Inini. Cette recherche fut poursuivie à l'occasion des travaux de prospection associés au programme de cartographie de la région de haute Ouaqui. C'est ainsi que fut découvert le site d'IT33 en 1978 (secteur alluvionnaire d'au moins 8 x 3 km ; Rapport 82 GUI 004). Les diamants trouvés sont de petite taille. Ils sont associés uniquement à des spinelles chromifères et à de la chromite, le cortège habituel des minéraux de kimberlites étant absent.
L'ensemble des travaux de détail (prélèvements de graviers en lit vif pour concentration en batée, lavages au jig, échantillonnage en sols, campagne à la tarière et en puits) mirent en évidence la possibilité d'existence : d'un gisement éluvionnaire avec un potentiel relativement important, et d'un gisement alluvionnaire plus modeste.
Compte tenu du faible investissement consenti à la recherche diamantifère dans l'ensemble potentiellement favorable que représente le domaine Paramaca du Sud de la Guyane, des possibilités de découvrir d'autres sites subsistent le long d'un axe Maripasoula-Camopi. Celui-ci est matérialisé par des indices alluvionnaires isolés dans un environnement favorable de roches volcaniques basiques et ultrabasiques (Palofini et Camopi notamment).